Le passeport des matériaux de Madaster, un outil au service d'une économie circulaire dans les secteurs de la construction et de l'immobilier
Monsieur Eberhard, en tant que pionnier de l'« urban mining » en Suisse, vous vous engagez, en tant que président de Madaster Suisse, en faveur de l'économie circulaire dans le secteur de la construction. Qu'est-ce qui vous motive dans cette démarche ?
L'économie circulaire revêt une importance particulière dans le secteur de la construction. Notre prospérité engendre une énorme consommation de ressources. Parallèlement, le secteur de la construction est responsable du plus grand flux de déchets en Suisse, mais aussi à l'échelle mondiale. Le potentiel d'action est donc considérable. C'est précisément ce qui motive les entreprises Eberhard et moi-même à développer des solutions adaptables à l'échelle industrielle. Madaster contribue à faciliter la prolongation de la durée de vie et la réutilisation des matériaux, ainsi qu'à promouvoir une conception intelligente, ce qui se traduit concrètement par une économie de ressources.
Comment les passeports des matériaux s'intègrent-ils dans un monde où les bâtiments sont construits pour une durée de plus de 80 ans ?
Si l'on part du principe que nous adoptons de plus en plus l'approche de l'« urban mining », qui consiste à extraire nos matières premières de la ville, cela s'inscrit parfaitement dans cette logique. Dans une carrière, par exemple, des efforts considérables sont déployés pour analyser la géologie avec précision. Grâce au passeport des matériaux, nous consignons aujourd’hui ce que nous utilisons dans nos constructions. Ainsi, dans 80 ans, les études « géologiques » coûteuses ne seront plus nécessaires dans nos villes et le plein potentiel de l’économie circulaire pourra être exploité.
De plus, le passeport matériaux oblige le maître d’ouvrage à se pencher sur la composition matérielle du bâtiment. Aujourd’hui encore, nous construisons quotidiennement des bâtiments sans tenir compte de la recyclabilité des matériaux utilisés. Cela signifie que nous aurons encore besoin de décharges dans 80 ans, car c’est le seul scénario de fin de vie envisageable. Grâce au passeport matériaux, nous pouvons réaliser ici une avancée dont nous avons un besoin urgent.
Quels sont les projets de l'association Madaster pour les prochaines années ?
La plateforme Madaster dispose déjà d’une norme permettant de mesurer la circularité des bâtiments en fonction de leur composition matérielle. Par l’intermédiaire de l’association, nous souhaitons lancer le processus visant à établir une norme suisse. Nous sommes convaincus que la mesurabilité constitue la base d’une mise en œuvre efficace de l’économie circulaire dans le secteur de la construction. En effet, ce n’est que lorsque la mesurabilité est assurée qu’il est possible de fixer des objectifs.
L'association Madaster a pris part à la consultation relative à l'initiative parlementaire «Renforcer l'économie circulaire en Suisse». Qu'attendez-vous des responsables politiques ?
Nous saluons vivement cette initiative. Nous considérons notamment comme une avancée prometteuse la possibilité de mesurer la recyclabilité des bâtiments en fonction de leur composition matérielle, ainsi que l’obligation de fournir un passeport des matériaux. Il s’agit désormais de mettre en œuvre de manière cohérente à tous les niveaux cette importante modification législative, mais aussi les textes existants tels que l’ordonnance sur les produits de construction. De plus, les maîtres d’ouvrage publics, en particulier, sont appelés à montrer l’exemple et à aller de l’avant.



